De la France à la Suisse, les territoires touristiques font face au même constat : sans logement, pas de saisonniers.
Laura de Ohmyseason

De l’autre côté de la frontière, la problématique est identique. Comme dans de nombreuses stations françaises, les employeurs suisses sont confrontés à une difficulté croissante : recruter des saisonniers sans pouvoir leur garantir un logement devient presque impossible. À Verbier, station valaisanne particulièrement prisée, cette tension immobilière a fait émerger (ou plutôt réapparaître) un modèle ancien : celui du « patron-logeur ».
Le principe est simple : face à l’absence de logements accessibles sur le marché, certains employeurs louent eux-mêmes des appartements à l’année afin d’y loger leurs salariés saisonniers pendant la durée de leur contrat. Le logement devient ainsi indissociable de l’emploi proposé.
Ce modèle, courant dans les stations dans les années 1970 et 1980, avait progressivement disparu avant de revenir sur le devant de la scène. Aujourd’hui, il s’impose comme une solution concrète pour sécuriser les recrutements dans un contexte de pénurie aiguë.
Dans la station valaisanne, la majorité des candidats recherchent désormais des postes incluant un hébergement. Pour certains employeurs, proposer un emploi sans logement revient à prendre le risque de voir les recrutements échouer.
Au restaurant Le Carrefour, cette réalité est pleinement intégrée à l’organisation de l’établissement.

Clément Garos et Lena Untz sont venus renforcer l’équipe du Carrefour, cet hiver. Ils sont tous deux logés par leur employeur, qui loue des appartements à l’année pour ses saisonniers. ©Chantal Dervey
Un marché immobilier sous forte tensionAvec un taux de vacance particulièrement bas, la commune de Val de Bagnes est l’une des plus touchées de la région. Les agences immobilières locales reçoivent de nombreuses demandes de la part de saisonniers, sans disposer de biens à proposer.
Les propriétaires privilégient majoritairement les locations touristiques de courte durée, jugées plus rentables. Sur les groupes communautaires en ligne, les annonces existent mais affichent souvent des loyers très élevés, y compris pour des surfaces réduites. Une situation qui exclut de fait une partie des travailleurs saisonniers.
Pour les professionnels de l’hôtellerie-restauration, le logement est devenu un levier stratégique. Proposer un emploi logé permet non seulement d’attirer des candidats, mais aussi de sécuriser leur présence jusqu’au bout de la saison.

Gérald Maraite, directeur de l’hôtel Bristol (à gauche), et Lionel Dubois, patron du restaurant Le Carrefour, à Verbier. ©Chantal Dervey
Ce choix représente toutefois un coût important. Les loyers sont généralement retenus sur le salaire des employés lorsqu’ils occupent les logements, mais restent à la charge de l’employeur lorsqu’ils sont inoccupés. À cela s’ajoutent les tâches de gestion, d’entretien et de remise en état des appartements entre les saisons.
Au-delà du recrutement, le modèle du patron-logeur répond aussi à un enjeu de fidélisation. Offrir un logement décent, proche du lieu de travail, permet aux saisonniers de se reposer dans de meilleures conditions et de s’inscrire dans la durée.
Les employeurs qui gèrent directement les logements expliquent également pouvoir garder un meilleur contrôle sur l’occupation des appartements, en évitant notamment les situations de surpeuplement, souvent liées à la flambée des loyers.
Face à cette crise structurelle, certaines initiatives voient le jour. Dans plusieurs stations, des entreprises touristiques cherchent à sensibiliser les propriétaires, proposent des garanties de paiement ou accompagnent la rénovation de biens destinés aux saisonniers.
À Verbier, la commune de Val de Bagnes a engagé une réflexion sur la création de logements abordables. Des terrains sont à l’étude et l’intervention d’une fondation d’utilité publique est envisagée pour faciliter la construction de nouvelles habitations.
Malgré ces démarches, le logement des saisonniers reste un défi majeur pour les stations de montagne, en Suisse comme en France. Un enjeu devenu central pour l’attractivité des métiers saisonniers et la pérennité de l’activité touristique.
Cet article s’appuie sur des informations issues de l’article « Employeurs en quête de toits pour leurs saisonniers », publié le 14 décembre 2025 par David Genillard dans 24 heures (Tamedia).