En Saône-et-Loire, le Plan Saisonnier Vendanges repense le recrutement agricole en levant les freins concrets à l’emploi saisonnier.

En Saône-et-Loire, un dispositif né pour les vendanges est en train de devenir un laboratoire du travail saisonnier agricole. Derrière les rangs de vignes de Buxy, le “Plan Saisonnier Vendanges” ne cherche plus seulement à recruter : il tente de résoudre un problème beaucoup plus profond, celui d’un modèle agricole français structurellement dépendant d’un emploi saisonnier de plus en plus difficile à sécuriser.
On parle souvent des vendanges comme d’un moment à part. En réalité, c’est la pointe visible d’un système beaucoup plus large.
Dans l’agriculture française, le saisonnier n’est pas une exception. C’est une norme.
Selon les données de France Travail (BMO 2026), les viticulteurs et arboriculteurs font partie des métiers les plus dépendants de ce type de contrats :
Même logique dans d’autres filières agricoles : récoltes, maraîchage, entretien des cultures… Le système repose sur des cycles courts, répétés, indispensables.
Et ce n’est pas marginal : selon la Dares, plus d’un million de personnes ont occupé au moins un contrat saisonnier sur une année en France (période 2018-2019).
Mais selon les méthodes de calcul, les estimations varient fortement (500 000 à 1 million+ de travailleurs), preuve d’un point clé : le saisonnier reste un angle mort statistique du marché du travail.
Le paradoxe est là.
Le travail saisonnier représente environ un recrutement sur trois en France (France Travail, BMO 2026), mais il reste :
Pourquoi ? Parce qu’il n’existe pas de statut unique du saisonnier, mais une mosaïque de contrats :
CDD saisonnier, intérim, contrat vendanges, contrats d’usage…
La Cour des comptes le rappelait encore en 2025 : cette absence de définition homogène “conduit à des situations hétérogènes et à un décompte imparfait des travailleurs concernés”.
En clair :
👉 on sait que le saisonnier est massif
👉 mais on ne sait pas exactement combien il pèse
Et surtout, on continue de le piloter comme un marché classique… alors qu’il ne l’est pas.
Sur le terrain, les employeurs agricoles disent tous la même chose : les postes existent, mais ils ne se remplissent pas toujours.
Et contrairement à une idée reçue, ce n’est pas seulement une question de “manque de candidats”.
Les freins sont beaucoup plus concrets :
Sans voiture, impossible d’accéder à certaines exploitations rurales.
Dans certaines zones agricoles et touristiques, l’offre locative est sous tension. La Cour des comptes (rapport 2025 sur le tourisme saisonnier) souligne que la pression immobilière liée aux locations touristiques a réduit l’accès au logement pour les travailleurs saisonniers.
Beaucoup de candidats ne connaissent pas les conditions réelles : intensité, durée, rythme, organisation.
Résultat : une partie des emplois saisonniers reste théorique… faute de conditions pour les rendre accessibles.
C’est dans ce contexte qu’est né le Plan Saisonnier Vendanges, en Saône-et-Loire.
Porté par le MEDEF local, les services de l’État, France Travail, les missions locales, Cap Emploi et les collectivités, le dispositif ne fonctionne pas comme une simple campagne de recrutement.
Il repose sur une idée radicalement différente :
ne pas seulement rapprocher une offre et une demande, mais construire les conditions pour que le travail soit possible.
Concrètement, le plan agit sur trois leviers :
Jeunes, bénéficiaires du RSA, demandeurs d’emploi longue durée… des profils souvent exclus des circuits classiques.
Mise en place de transports collectifs vers les exploitations, accompagnement terrain.
Employeurs, institutions, structures d’insertion : tout le monde autour de la table.
Et les résultats sont déjà là :
Ce que montre le Plan Saisonnier Vendanges, c’est que la viticulture n’est qu’un cas d’école.
Parce que les mêmes tensions existent partout :
Selon l’enquête BMO 2026, 32,2 % des recrutements en France sont saisonniers, et cette part continue de progresser.
Dans certaines régions, c’est encore plus marqué :
Le saisonnier n’est donc pas un “sous-marché du travail”.
C’est un pilier économique territorial.
Dans l’agriculture, quelque chose est en train de basculer.
Le travail saisonnier n’est plus uniquement concentré sur quelques semaines.
Les exploitations doivent désormais gérer :
Et surtout, elles font face à un double mouvement :
Résultat : de nouvelles stratégies émergent :
Le Plan Saisonnier Vendanges s’inscrit dans cette évolution : passer d’un recrutement ponctuel à une organisation continue de l’emploi saisonnier agricole.
Le Plan Saisonnier Vendanges ne révolutionne pas à lui seul l’emploi agricole. Mais il met le doigt sur une réalité devenue impossible à ignorer :
le problème n’est plus uniquement de trouver des candidats.
Les candidats existent. Les emplois aussi.
Le vrai sujet est ailleurs :
👉 comment rendre le travail réellement accessible ?
Mobilité, logement, coordination, accompagnement… ce sont désormais ces éléments qui conditionnent la réussite d’une saison agricole.
Et ce que montre la Saône-et-Loire dépasse largement les vendanges : le futur de l’emploi saisonnier agricole ne se jouera plus seulement dans les annonces, mais dans la capacité à organiser un écosystème complet autour du travail.