Le Plan Saisonnier Vendanges : quand la Saône-et-Loire réinvente le recrutement agricole

En Saône-et-Loire, le Plan Saisonnier Vendanges repense le recrutement agricole en levant les freins concrets à l’emploi saisonnier.

Dans cet article :
Partager :

En Saône-et-Loire, un dispositif né pour les vendanges est en train de devenir un laboratoire du travail saisonnier agricole. Derrière les rangs de vignes de Buxy, le “Plan Saisonnier Vendanges” ne cherche plus seulement à recruter : il tente de résoudre un problème beaucoup plus profond, celui d’un modèle agricole français structurellement dépendant d’un emploi saisonnier de plus en plus difficile à sécuriser.

L’agriculture française tourne… grâce au saisonnier

On parle souvent des vendanges comme d’un moment à part. En réalité, c’est la pointe visible d’un système beaucoup plus large.

Dans l’agriculture française, le saisonnier n’est pas une exception. C’est une norme.

Selon les données de France Travail (BMO 2026), les viticulteurs et arboriculteurs font partie des métiers les plus dépendants de ce type de contrats :

  • plus de 83 800 recrutements de viticulteurs et arboriculteurs en 2026,
  • dont plus de 95 % en emploi saisonnier,
  • avec des pics concentrés sur quelques semaines seulement.

Même logique dans d’autres filières agricoles : récoltes, maraîchage, entretien des cultures… Le système repose sur des cycles courts, répétés, indispensables.

Et ce n’est pas marginal : selon la Dares, plus d’un million de personnes ont occupé au moins un contrat saisonnier sur une année en France (période 2018-2019).
Mais selon les méthodes de calcul, les estimations varient fortement (500 000 à 1 million+ de travailleurs), preuve d’un point clé : le saisonnier reste un angle mort statistique du marché du travail.

Un marché de l’emploi massif… mais mal structuré

Le paradoxe est là.

Le travail saisonnier représente environ un recrutement sur trois en France (France Travail, BMO 2026), mais il reste :

  • difficile à mesurer précisément
  • difficile à anticiper
  • difficile à sécuriser

Pourquoi ? Parce qu’il n’existe pas de statut unique du saisonnier, mais une mosaïque de contrats :
CDD saisonnier, intérim, contrat vendanges, contrats d’usage…

La Cour des comptes le rappelait encore en 2025 : cette absence de définition homogène “conduit à des situations hétérogènes et à un décompte imparfait des travailleurs concernés”.

En clair :
👉 on sait que le saisonnier est massif
👉 mais on ne sait pas exactement combien il pèse

Et surtout, on continue de le piloter comme un marché classique… alors qu’il ne l’est pas.

Le vrai problème n’est plus de recruter

Sur le terrain, les employeurs agricoles disent tous la même chose : les postes existent, mais ils ne se remplissent pas toujours.

Et contrairement à une idée reçue, ce n’est pas seulement une question de “manque de candidats”.

Les freins sont beaucoup plus concrets :

🚍 La mobilité

Sans voiture, impossible d’accéder à certaines exploitations rurales.

🏠 Le logement

Dans certaines zones agricoles et touristiques, l’offre locative est sous tension. La Cour des comptes (rapport 2025 sur le tourisme saisonnier) souligne que la pression immobilière liée aux locations touristiques a réduit l’accès au logement pour les travailleurs saisonniers.

🧭 La lisibilité du travail

Beaucoup de candidats ne connaissent pas les conditions réelles : intensité, durée, rythme, organisation.

Résultat : une partie des emplois saisonniers reste théorique… faute de conditions pour les rendre accessibles.

Le Plan Saisonnier Vendanges : une machine à débloquer les freins

C’est dans ce contexte qu’est né le Plan Saisonnier Vendanges, en Saône-et-Loire.

Porté par le MEDEF local, les services de l’État, France Travail, les missions locales, Cap Emploi et les collectivités, le dispositif ne fonctionne pas comme une simple campagne de recrutement.

Il repose sur une idée radicalement différente :

ne pas seulement rapprocher une offre et une demande, mais construire les conditions pour que le travail soit possible.

Concrètement, le plan agit sur trois leviers :

1. Mobiliser des publics éloignés de l’emploi

Jeunes, bénéficiaires du RSA, demandeurs d’emploi longue durée… des profils souvent exclus des circuits classiques.

2. Lever les freins logistiques

Mise en place de transports collectifs vers les exploitations, accompagnement terrain.

3. Connecter les acteurs

Employeurs, institutions, structures d’insertion : tout le monde autour de la table.

Et les résultats sont déjà là :

  • plus de 500 personnes éloignées de l’emploi ont travaillé dans les vignes,
  • environ 80 domaines viticoles mobilisés,
  • et une dynamique qui s’installe dans la durée.

Les vendanges ne sont qu’un révélateur

Ce que montre le Plan Saisonnier Vendanges, c’est que la viticulture n’est qu’un cas d’école.

Parce que les mêmes tensions existent partout :

  • agriculture
  • tourisme
  • restauration
  • animation
  • logistique saisonnière

Selon l’enquête BMO 2026, 32,2 % des recrutements en France sont saisonniers, et cette part continue de progresser.

Dans certaines régions, c’est encore plus marqué :

  • jusqu’à 64 % des recrutements en Corse sont saisonniers,
  • plus de 40 % en PACA, Occitanie ou Nouvelle-Aquitaine (France Travail, BMO 2026).

Le saisonnier n’est donc pas un “sous-marché du travail”.
C’est un pilier économique territorial.

Un modèle agricole qui change sans le dire

Dans l’agriculture, quelque chose est en train de basculer.

Le travail saisonnier n’est plus uniquement concentré sur quelques semaines.

Les exploitations doivent désormais gérer :

  • vendanges
  • taille
  • entretien
  • logistique
  • accueil touristique

Et surtout, elles font face à un double mouvement :

  • besoin de main-d’œuvre plus régulier
  • difficulté croissante à recruter ponctuellement

Résultat : de nouvelles stratégies émergent :

  • groupements d’employeurs
  • mutualisation de salariés
  • fidélisation des saisonniers
  • parcours multi-saisons

Le Plan Saisonnier Vendanges s’inscrit dans cette évolution : passer d’un recrutement ponctuel à une organisation continue de l’emploi saisonnier agricole.

Conclusion : recruter ne suffit plus

Le Plan Saisonnier Vendanges ne révolutionne pas à lui seul l’emploi agricole. Mais il met le doigt sur une réalité devenue impossible à ignorer :

le problème n’est plus uniquement de trouver des candidats.

Les candidats existent. Les emplois aussi.

Le vrai sujet est ailleurs :
👉 comment rendre le travail réellement accessible ?

Mobilité, logement, coordination, accompagnement… ce sont désormais ces éléments qui conditionnent la réussite d’une saison agricole.

Et ce que montre la Saône-et-Loire dépasse largement les vendanges : le futur de l’emploi saisonnier agricole ne se jouera plus seulement dans les annonces, mais dans la capacité à organiser un écosystème complet autour du travail.